Humidité et moisissures dans un logement réunionnais
À La Réunion, l’humidité dans le logement n’est pas un problème de minorité. Dans son enquête de 2018, publiée par l’INSEE en mai 2020, 51 % des Réunionnais déclaraient vivre dans un logement présentant des problèmes importants d’humidité — toit percé, murs ou sols humides, moisissures — contre 12,6 % en France métropolitaine. L’écart est le même en maison qu’en appartement : 52 % contre 47,6 %. Et 13 % de la population, soit environ 110 000 personnes, cumulent au moins trois difficultés parmi l’humidité, le bruit, la température difficile à maintenir et le manque de place, contre 2 % dans l’Hexagone.
Autrement dit : si vous avez des taches noires au plafond de la salle de bain, vous n’avez pas un logement anormal. Vous avez le problème le plus répandu de l’île. Reste à savoir lequel des trois vous concerne, parce qu’ils n’ont ni les mêmes causes ni les mêmes remèdes.
Trois causes qui n’ont rien à voir entre elles
La condensation
C’est de très loin la première cause dans un logement réunionnais. L’air chaud contient beaucoup plus de vapeur d’eau que l’air froid. Sur le littoral, Météo-France relève des maxima de 25 à 27 °C pendant l’hiver austral et de 30 à 32 °C en été. Une famille de quatre personnes produit chaque jour plusieurs litres de vapeur : douches, cuisson, linge séché à l’intérieur, respiration. Dès que cet air rencontre une surface plus froide — l’angle nord d’une pièce, le dos d’une armoire plaquée contre un mur, un linteau béton non isolé — la vapeur redevient de l’eau liquide et se dépose.
Les signes sont reconnaissables : taches noires dans les angles et derrière les meubles, buée persistante, papier peint qui cloque en surface, odeur de renfermé. Le mur, lui, reste sec en profondeur.
L’infiltration
L’eau vient de l’extérieur et traverse. Une toiture percée, une reprise de fissure, un joint de menuiserie mort, une descente d’eau pluviale bouchée, une terrasse dont l’étanchéité a lâché. À l’est de l’île, où les cumuls de pluie peuvent dépasser 10 mètres par an en altitude selon Météo-France, un défaut d’étanchéité ne pardonne pas : il se voit à la première saison des pluies.
Le signe distinctif, c’est le rythme. Une infiltration apparaît pendant ou juste après un épisode pluvieux, souvent sous forme d’une auréole qui s’étend depuis un point précis, puis sèche entre deux averses.
Les remontées capillaires, et le vrai salpêtre
L’eau du sol monte dans la maçonnerie par capillarité, faute de coupure horizontale. En remontant, elle transporte des sels minéraux. Quand elle s’évapore en surface, les sels restent : ce sont ces efflorescences blanches, poudreuses, que l’on appelle salpêtre. C’est là le seul cas où le mot est employé à bon escient.
Le signe distinctif : la tache part du bas, s’arrête à une hauteur à peu près constante — souvent entre 50 cm et 1,20 m — et l’enduit se pulvérise quand on le gratte. Une moisissure noire en haut d’un mur n’est jamais du salpêtre, quoi qu’en dise le vocabulaire courant.
Comment savoir laquelle vous concerne
Trois vérifications, faisables sans matériel :
- La hauteur. Une tache qui part du sol et monte : remontées. Une tache qui part du plafond ou d’un angle haut : condensation ou infiltration. Une tache qui part d’un point unique et s’étale : infiltration.
- Le calendrier. Un désordre qui suit la pluie : infiltration. Un désordre qui suit les douches et le linge, et s’aggrave portes fermées : condensation.
- Le test du film plastique. Scotchez hermétiquement un carré de film plastique de 30 cm sur la zone humide, laissez 48 heures. Si l’eau se forme sur le film, côté pièce, c’est de la condensation. Si elle apparaît dessous, entre le film et le mur, l’eau vient du mur.
Ce test ne remplace pas un diagnostic, mais il évite l’erreur la plus coûteuse : traiter un mur contre les remontées alors que le problème est un manque d’aération.
Ce qui marche
Évacuer la vapeur là où elle naît
Une salle de bain sans extraction est un piège. Une extraction mécanique qui débouche dans les combles ou dans un conduit obturé en est un autre. La règle est simple : l’air vicié doit sortir dehors, par un conduit continu, et de l’air neuf doit pouvoir entrer, ce qui suppose un détalonnage de la porte ou une grille de transfert. Une bouche d’extraction sans entrée d’air ne fait rien tourner.
Rétablir la ventilation traversante
La réglementation applicable aux logements neufs outre-mer, la RTAA DOM, mise sur la ventilation naturelle traversante plutôt que sur la ventilation mécanique de métropole : c’est le principe même de la case réunionnaise, deux façades opposées ouvertes, l’air passe. Cette réglementation ne s’impose pas à l’existant, mais le principe reste le bon. Beaucoup de logements ont perdu leur transversalité au fil des travaux : une véranda fermée, une pièce cloisonnée, une jalousie condamnée, et l’air ne circule plus. Rouvrir un passage d’air fait souvent plus qu’un déshumidificateur.
Les autorités sanitaires recommandent au minimum dix minutes d’aération par jour, et de préférence plusieurs fois. Sous nos latitudes, l’exercice est gratuit presque toute l’année.
Traiter le support avant de repeindre
Repeindre par-dessus une moisissure, c’est acheter six mois de tranquillité. Le support doit être nettoyé, séché, et la cause traitée. Une peinture dite anti-humidité ne règle jamais une infiltration ni une remontée : elle masque. Sur un mur touché par les remontées capillaires, la reprise sérieuse passe par la dépose de l’enduit contaminé au-delà de la zone visible, une injection de barrière étanche ou un drainage selon la configuration, un temps de séchage réel, puis un enduit d’assainissement.
Ce qui ne marche pas
- Les absorbeurs d’humidité en pastille : ils assèchent quelques litres d’air, pas un mur.
- Le fait de calfeutrer un logement humide. Fermer les entrées d’air pour « garder le frais » aggrave systématiquement la condensation.
- La climatisation utilisée comme déshumidificateur dans une pièce non étanche : elle refroidit les parois, donc crée de nouveaux points de condensation ailleurs.
- Une peinture appliquée sur un support qui n’a pas séché. Le résultat se décolle dans l’année.
Nettoyer les moisissures sans se tromper
Les agences régionales de santé recommandent un nettoyage à la lingette microfibre humidifiée avec un produit détergent à base de savon, puis un rinçage à l’eau. L’eau de Javel diluée peut intervenir après ce nettoyage, jamais mélangée à un autre produit. Portez des gants, aérez pendant l’opération, et ne frottez pas à sec : gratter une moisissure sèche remet ses spores en suspension.
Ce point n’est pas cosmétique. L’expertise de l’Anses sur les moisissures dans le bâti retient des effets avérés sur la santé respiratoire : développement et aggravation de l’asthme chez l’enfant comme chez l’adulte, rhinite allergique. Les personnes asthmatiques, allergiques ou immunodéprimées, et les nourrissons, sont les premiers concernés.
Quand ce n’est plus un problème d’entretien
Si la moisissure revient au même endroit moins de trois mois après un nettoyage sérieux, si l’enduit se pulvérise, si le bas de cloison est mou, ou si une plinthe se décolle, le problème n’est plus dans l’air de la pièce : il est dans le mur ou dans la toiture. C’est le moment de faire ouvrir, pas de repeindre.
Quand nous visitons un logement pour ce motif, nous cherchons d’abord d’où vient l’eau, avant de parler de peinture. Un devis de rafraîchissement établi sans avoir identifié la cause de l’humidité est un devis qu’il faudra refaire.
Cet article donne des ordres de grandeur et des règles générales. Sur votre logement, seule une visite permet de trancher : c'est ce que nous faisons avant tout chiffrage, et nous vous le disons dès la visite plutôt que de le découvrir en cours de route.
À lire ensuite
- Les aides à la rénovation à La Réunion en 2026 Le dispositif outre-mer diffère de la métropole : MaPrimeRénov' par geste, TVA à 2,1 %, éco-PTZ, aides de la Région et du Département.
- Rénover un logement des années 80 à La Réunion Amiante, électricité sans terre, réseaux fatigués, zéro isolation : ce que l'on trouve derrière les cloisons d'une maison réunionnaise de 1985.
Un article comme celui-ci, une fois par mois.
Ce que nous apprenons sur les chantiers réunionnais — humidité, aides, prix du marché. Pas de promotion, désinscription en un clic.
Un projet de travaux à La Réunion ?
Nous vous rappelons sous 24 h ouvrées, dans le créneau que vous choisissez.